European Adoption Consultants (EAC) était une agence d’adoption internationale basée à Strongsville, dans l’Ohio. En décembre 2016, le Département d’État américain l’a temporairement suspendue pour des violations graves du Code of Federal Regulations (22 CFR 96). L’agence a été définitivement déchue de son accréditation en 2017, laissant des centaines de familles dans l’incertitude, y compris des familles françaises engagées dans des procédures en cours.
Avant de confier un projet d’adoption à un organisme, vérifier sa fiabilité n’est pas une précaution optionnelle. L’affaire EAC montre précisément ce qui se passe quand cette étape est négligée.
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Violations constatées contre European Adoption Consultants par le Département d’État
Pour comprendre pourquoi EAC a été sanctionnée, il faut lire le détail des normes enfreintes. Le document officiel du Département d’État (travel.state.gov) liste des manquements concrets, pas de simples irrégularités administratives.
L’agence se déchargeait contractuellement de toute responsabilité sur les frais facturés par ses prestataires étrangers (violation du 22 CFR 96.40). Les montants annoncés aux familles ne correspondaient pas aux sommes réellement exigées une fois sur place.
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Les frais facturés par les prestataires d’EAC dans plusieurs pays étaient jugés déraisonnablement élevés par rapport aux services rendus (22 CFR 96.34(d)). Plus grave encore, EAC a offert des contreparties à des parents biologiques pour les inciter à abandonner leur enfant (22 CFR 96.36(a)).
- Informations médicales et sociales sur les enfants volontairement dissimulées ou faussées dans plusieurs pays (22 CFR 96.49(f) et 96.49(j))
- Familles découragées de déposer des plaintes ou d’exprimer des préoccupations sur les pratiques de l’agence (22 CFR 96.41(e))
- Absence d’efforts raisonnables pour obtenir des données fiables sur l’état de santé réel des enfants proposés à l’adoption
Ces violations ne concernent pas un pays isolé. Elles ont été constatées sur plusieurs programmes simultanément, ce qui indique un problème structurel, pas un accident.

Condamnations pénales et recours judiciaires après la fermeture d’EAC
La suspension de 2016 et le débarrement de 2017 n’ont pas clos l’affaire. Des poursuites pénales ont abouti entre 2021 et 2022, liées à des fraudes documentées en Ouganda et en Pologne. Ces condamnations confirment que les pratiques d’EAC dépassaient le cadre de simples erreurs de gestion.
Familles françaises et recours post-2024
Vous vous demandez peut-être comment des familles françaises ont pu être concernées par une agence américaine. EAC intervenait comme intermédiaire dans des adoptions internationales, y compris pour des dossiers impliquant des pays où des familles européennes étaient candidates.
Certaines familles françaises affectées ont pu se joindre à des recours judiciaires américains engagés après 2024. Le droit américain permet, dans certains cas, aux victimes étrangères de participer à des actions collectives lorsque le préjudice est directement lié à une entité basée aux États-Unis.
Les pertes subies par ces familles ne sont pas uniquement financières. Des procédures d’adoption interrompues, des mois d’attente sans information, des enfants dont le statut juridique restait flou pendant la transition vers d’autres organismes : l’impact émotionnel et administratif a été considérable.
Accréditation et contrôle : ce qu’il faut vérifier avant de choisir un organisme d’adoption
L’affaire EAC a eu un effet direct sur la manière dont les familles américaines choisissent un intermédiaire. Les rapports terrain montrent une préférence croissante pour les agences accréditées plutôt que pour les consultants indépendants, ces derniers n’étant pas soumis au même niveau de supervision fédérale.
En France, le cadre est différent mais le principe reste le même. Les Organismes Autorisés pour l’Adoption (OAA) sont habilités par les autorités françaises et contrôlés périodiquement. Un rapport de la Mission interministérielle publié en octobre 2023 a d’ailleurs passé en revue les pratiques illicites dans l’adoption internationale en France, renforçant le cadre de surveillance.
Points de vérification concrets pour une famille française
Pour un organisme américain, le Département d’État publie une liste des « adverse actions », c’est-à-dire les sanctions prises contre des agences accréditées. Cette liste est consultable en ligne sur travel.state.gov. C’est la première vérification à effectuer.
- Vérifier l’habilitation de l’OAA auprès du ministère des Affaires étrangères français ou de l’Autorité centrale pour l’adoption internationale
- Consulter la liste des sanctions (« adverse actions ») sur le site du Département d’État pour tout organisme américain
- Demander à l’agence ses références récentes : nombre de placements effectués depuis l’orphelinat ou le pays concerné, noms de familles joignables ayant adopté depuis plus de 18 mois
- Vérifier si l’organisme est affilié à des groupes de soutien post-adoption et s’il fournit une liste de ressources en cas de difficulté après le retour
Un organisme qui refuse de communiquer des références ou qui décourage les questions sur ses pratiques reproduit exactement le schéma documenté chez EAC.

Leçons de l’affaire EAC pour les OAA habilités en Europe
La Conférence de La Haye de droit international privé (HCCH) a publié en 2024 un document de réflexion sur les questions postérieures à l’adoption. Ce texte aborde la traçabilité des dossiers, l’accès aux origines et les obligations des organismes intermédiaires après la finalisation d’une adoption.
Le cas EAC illustre un angle mort du système : la période post-adoption. Quand une agence ferme ou perd son accréditation, les familles en cours de procédure se retrouvent sans interlocuteur. Les dossiers médicaux et sociaux des enfants, parfois falsifiés, deviennent impossibles à vérifier rétroactivement.
Pour les OAA européens, la leçon est directe. La supervision ne peut pas s’arrêter à l’accréditation initiale. Un contrôle régulier des prestataires étrangers, une transparence réelle sur les frais et un mécanisme de plainte accessible sont les trois piliers qui auraient pu limiter les dégâts dans le cas EAC.
Le cadre réglementaire européen progresse, mais aucune accréditation ne remplace la vigilance individuelle des familles. Croiser les sources officielles, exiger des réponses documentées et ne jamais accepter qu’un organisme décourage les questions : c’est la meilleure protection disponible à ce jour.

